La Sirène des bas-fonds de Noun FARE: Retour sur ma lecture

    La littérature togolaise connait aujourd’hui un certain bouillonnement qui témoigne de sa vitalité. A l’intérieur comme à l’extérieur des noms tels que Kangni Alem, Kossi Efoui, Sami Tchak et bien d’autres encore résonnent par le rayonnement de leurs œuvres littéraires. Dans ce champ littéraire togolais en pleine ébullition, les femmes ne veulent pas restées en marge, c’est à ce juste titre qu’elles  se saisissent de leurs plumes pour accoucher des Frontières du jour[1] et montrer que les gazelles ne s’agenouillent plus pour pleurer[2].

    Récemment encore, en 2011 pour être plus  précis, une nouvelle femme est  entrée en lice avec une Nouvelle intitulée La Sirène des bas-fonds (Lomé, Ed. Awoudy, 2011). Il s’agit de Noun FARE. Née à Lomé en 1985, Noun FARE est actuellement étudiante à L’Ecole Supérieure de Journalisme de LILLE.

    Dans cette œuvre, l’auteure raconte l’histoire d’une jeune fille nommée Winnie qui a tout mis en œuvre – au nom de l’amour – pour conquérir la plus belle créature masculine de son lycée : Joseph. Le coup lui réussit et elle se laissa emporter par ces premières fausses évidences du grand amour qui ont ce divin pouvoir de nous obliger à tout sacrifier pour l’autre qu’on aime. Et Winnie, l’héroïne du récit, avait tout sacrifié pour entretenir « son » Joseph. Issue d’une classe sociale plus favorable que ce dernier, elle dépensait tout son argent de poche pour habiller l’élu de son cœur, elle en piquait à ses parents pour nourrir son garçon. Dans sa ferme volonté de vivre pleinement l’amour avec son amant, elle en vient à dégrader  sa relation avec ses parents qui – à tort ou à raison ? – vont la renier. C’est à partir de ce moment que vont débuter  ses souffrances. Joseph qu’elle croyait « réincarnation de Ramsès l’Africain » (p16), va se révéler sadique et proxénète, puisqu’il va l’obliger à se prostituer pour l’entretenir…C’est dans cette servitude peu orthodoxe que naît chez Winnie un début de conscience qu’elle formule en ces termes : « Comment l’homme que j’aimais était-il devenu mon proxénète ? Non content d’abuser de moi tout seul, il débarquait parfois avec ses amis qui me violaient devant lui. J’étais devenue un objet de plaisir. Je ne supportais plus sa vue, mais je ne pouvais faire autrement… » (p43)

    Comme on peut le constater, l’auteure nous invite dans les méandres des amours de jeunesse dont on ne peut apprécier  le réel goût qu’avec l’existence de quelque chose d’ineffable et de dionysiaque. Les amours de jeunesse renversent parfois l’échelle des valeurs et rament toujours à contre courant : C’est la jeune Winnie qui a conquis le jeune Joseph (Ce qui n’est pas toujours le cas dans les relations amoureuses où les jeunes filles prennent du plaisir à laisser venir les pauvres garçons), c’est encore elle qui le supporte même quand ce dernier lui montre son vrai visage de sadique et de proxénète. Une héroïne, somme toute, aveuglée !

   L’aveuglement de l’héroïne contraste avec le style de l’écrivaine constitué essentiellement de phrases courtes et précises. Une manière pour l’auteure de se démarquer de ce « Je » de Winnie qui apprendra à ses dépens qu’avec l’amour, on s’en va, parfois trop tôt et on revient si souvent trop tard.

 


[1]  Frontières du jour est un recueil de huit nouvelles publié par l’écrivaine togolaise Kouméalo ANATE

[2] Allusion à l’œuvre  de Kangni Alem titrée La Gazelle s’agenouille pour pleurer

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