Souffle court de Kouméalo ANATE

Image La littérature togolaise se porte bien. Enfin presque ! Elle ira mieux si, à l’avenir, nous pourrons enregistrer l’entrée en lice ou plutôt « l’entrée en fiction » d’une femme non comme un exploit mais comme un fait ordinaire. Pour l’heure, c’est chose difficile puisque les femmes togolaises peinent à investir notre champ littéraire. Et toujours la même question se pose : A quand l’émergence des Ken Bugul ou des Calixthe Beyala togolaises ?

Heureusement la question commence par trouver une réponse avec Kouméalo ANATE. Auteure déjà de trois œuvres notamment Frontières du jour (Bordeaux, Ana Editions, 2004, Nouvelles), Le Regard de la source (Bordeaux, Ana Editions, 2005, Roman) et L’écrit du silence (Marseille, Les Belles Pages, 2006, Poésie), cette docteur en science de l’information et de la communication vient de signer son quatrième œuvre: Souffle court (Lomé, Graines de Pensées, 2012), un recueil de 28 poèmes où elle nous offre deux «  variations sur l’amour ».

Dans Variations sur l’amour I, elle explore la thématique de l’amour vu sous l’angle d’un « moi » qui fait UN avec « cet autre différent mais semblable ». Vu comme tel, l’amour rime chez ANATE avec urgence de vivre, laquelle urgence enfante des vers courts et bien ciselés pour dire toutes les contradictions du cœur humain. Cette vision poétique de l’auteure togolaise n’est pas sans rappeler celle de Ronsard ou de Lamartine qui à leur temps avaient aussi chanté le « Carpe diem » comme exigence première de l’amour. Si chez Ronsard ou Lamartine, l’amante désirée brille par son absence, chez Kouméalo ANATE par contre, l’amant désiré court-circuite parfois la solitude et s’offre comme « lieu de promesse et de rêve« . Cela rend l’écriture de la poétesse plus jubilatoire, mêlant  par endroit Eros et Dionysos pour rendre compte de la rencontre du « moi » poétique et de « l’autre » fantastique. Et la poésie devient audaces érotiques qui apostrophent en ces termes :

Indescriptible félicité que de te sentir arpenter

Les coins et les recoins de mon intime demeure

La revigorant des eaux thermales

Qui explosent de ta fontaine cachée

 

Est-ce criminel si tu ravageais mon sol intérieur

Si tu m’inondais continuellement

Pour fertiliser notre amour ?,  p. 33

Seulement, l’auteure de Souffle court nous rappelle ingénieusement que l’amour est doublement fertile ; il peut permettre l’élévation mais aussi  la dépression, la félicité mais aussi l’anxiété, le bonheur mais aussi la douleur, on comprend alors son langage poétique qui tutoie les cimes et côtoie les abysses, qui dit fièrement le haut et délicatement le bas à travers  les 17 poèmes formant la première partie de ce recueil.

Dans la seconde partie du recueil intitulée Variations sur l’amour II, l’auteure semble creuser l’idée selon laquelle l’amour  est un sentiment qui pousse à la pratique de la vertu. Ce faisant, elle  nous offre dans cette deuxième partie de son œuvre, une poésie qui emprunte au christianisme son lexique et à la négritude son éloquence  pour montrer que le monde peut se débarrasser de tous ses maux si l’humain  devenait « Le semeur éternel des fleurs de la paix« .

Somme toute, Souffle court est un recueil de poèmes qui soupèse l’amour non seulement en attirances physiques mais encore et surtout en pratiques de la vertu pour le bonheur des lecteurs.Image

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7 commentaires sur “Souffle court de Kouméalo ANATE

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  1. J’apprecie la litterature togolaise qui entre tps un peu ignoré.Maintenant on peut lire la poesie toglaise comme on veut.Les poetes etaient peu,mais maintenant,le togo regorge pas mal de poetes.

  2. « Pour l’heure, c’est chose difficile puisque les femmes togolaises peinent à investir notre champ littéraire. Et toujours la même question se pose : A quand l’émergence des Ken Bugul ou des Calixthe Beyala togolaises ?

    Heureusement la question commence par trouver une réponse avec Kouméalo ANATE. » En tant qu’acteur de la littérature au Togo (si petite que soit ma part), je suis un peu resté sur ma soif de savoir que mon frère Anas ne maîtrise pas tellement le champ littéraire du Togo en matière de production, loin encore quand on évoque l’écriture littéraire par les femmes dont il semble ramener le début d’affluence à Mme Anaté Kouméalo (que je respecte pour sa plume). Et donc je veux simplement dire à l’auteur de cet article qu’il y a une myriade de femmes qui s’essayent à l’écriture littéraire ou qui sont en plein temps dans le travail littéraire au Togo, et que bien avant et après Anaté Kouméalo Germaine, elles sont nombreuses, les femmes qui ont inondé le champ littéraire togolais. Entre autres, Christiane Tchotcho EKUE avec « Le crime de la rue des notables », Gaby Enam dont on retient entre autres ouvrages, « Rêves éclos… », Jeannette AHONSOU avec « Trophée de cristal » et « Piège à conviction », feue Chaold Pyabalo, Gad Ami avec « Etrange héritage », Jémima FIADJOE-PRINCE AGBODJAN avec « Le désert et l’océan »…, Essénam Kokoè KUEVI avec « Myriam ou la rose noire », Noun Fare avec « La sirène des bas-fonds », Dorothée TABIOU avec « Les élections législatives 2007 au Togo : les femmes ont voté, les hommes vont siéger », « La bru lors des obsèques en pays Bassar », « Nana Benz, le mythe devenu discret », “La bravoure des femmes à l’Emicycle”…, Patricia Afakayè Siléadin-Etchri avec « Quête d’équilibre », Marie Ketline Adodo, avec « Pèlerins du bonheur »,Claudine ASSIBA-AKAKPO avec « Cris de Hoingny », et plein d’autres encore que je citerai plus tard. Avec plus d’une trentaine de femmes de lettres, on peut quand même s’en féliciter face à des pays comme le Bénin et le Ghana! C’est juste pour rappeler à Anas que lorsqu’il s’agit de parler de l’histoire d’un secteur comme la littérature, il faut bien s’informer pour ne pas se ridiculiser. Juste un apport.

    1. Ah mon ami Vondoly, on n’est pas ici dans la recension, chose que tu confonds allègrement avec ma question de départ: ce n’est l’existence de femmes que j’interroge, mais celle de leurs « fréquence et résistance » (j’espère qu’on se comprend) dans le champ littéraire togolais. Après un ouvrage, on est auteur certes, mais on est pas Ken Bugul. Et donc ce n’est pas le lieu de faire la liste de toutes celles qui ont écrit un bouquin et déclarer que tout va bien, encore qu’il faille éviter de mettre dans un même panier crabes, crevettes, serpents et autres crapauds-brousses!

  3. J’aime beaucoup ce que tu as écrit. On sent que tu as vraiment capté l’essentiel de cette oeuvre. Je me suis dit : il aurait très bien pu écrire la préface ! ça donne envie de se laisser emporter par ce souffle… Super !!!

  4. Que dire sinon que cela ne donne qu’une seule envie découvrir l’œuvre et en savoir plus sur ce tu dis et ce qui est dit tout en sachant que c’est vraiment dit dans les deux cas!

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