La multitude d’Abdourahman WABERI

Image  La liberté a le même prix partout ailleurs : du sang et des morts ! Ceux qui vivent sous des cieux plus ou moins paisibles de démocratie, ont en mémoire les mille et un sacrifices qui ont enfanté ces libertés individuelles et collectives. Ceux qui vivent sous des cieux en panne de démocratie, payent au quotidien, ce lourd tribut, parce que la marche des peuples vers la liberté s’effectue à coup de révolutions qui interpellent aussi bien l’histoire que la littérature. D’ailleurs, sans pour autant verser dans le cynisme,  on  peut affirmer qu’Aujourd’hui tout comme Hier, ce sont les pays, en panne de démocratie, qui connaissent la guerre, les assassinats, les tortures, le sang versé…, ce sont ces pays-là qui  donnent à l’humanité entière de grands textes littéraires et de grands écrivains. Histoire, pour ces derniers,  de dire au monde entier qu’il se passe quelque chose ailleurs, que se joue en ce XXIème siècle, dans certaines parties du  monde, de viles comédies humaines, de terribles tragédies qui étouffent la multitude  que nous présente l’écrivain djiboutien Abdourahman WABERI à travers le texte ci-dessous :

« Tout se calmait momentanément, puis reprenait de plus belle sans tambour ni trompette. L’écho lancinant des hélicoptères rasant les toits et les têtes des manifestants, les suffocants effluves des gaz lacrymogènes, les quartiers bouclés, les artères bloquées, la mise à sac des syndicats, les arrestations arbitraires, les coups de nerf de bœuf, les humiliations inutiles, les reconduites à la frontière, les cadavres des militants sur les trottoirs, tout s’enflammait derechef. Calme à nouveau. Le cycle des luttes reprenant sa ronde ailleurs, demain, reposant sur la colère spontanée, la militance clandestine, les mots d’ordre des poètes et des chanteurs, les ruses de la multitude, les mille et un visages de la solidarité. La multitude, c’est la vieille qui apporte de l’eau pour soulager les yeux malmenés par les gaz, ce sont les femmes qui amassent les pierres et les redonnent aux hommes, aux enfants passés aux avant-postes – mater dolorosa et amazones à la fois. […] La multitude, c’est aussi la répétition. Recommencer toujours. La résistance et le désir sont présents dans chaque moment de la vie. Lever un vieux chant de la brousse pour rallier, relier, connecter, réveiller les énergies dormantes, secouer les arborescences généalogiques. »

A. WABERI, Transit, Paris, Gallimard, 2003, pp. 90-91Image

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :