KOSSI EFOUI : L’OMBRE DES CHOSES A VENIR

9782020990974L’ombre des choses à venir (éd. du Seuil, 2011, 162 pages), quatrième roman de Kossi Efoui, l’écrivain togolais dont l’écriture se déploie par paquets de mots mêlés que le narrateur – l’orateur ? – se charge de livrer aux lecteurs sur le mode du chuchotement. Oui ! Le narrateur de L’ombre des choses à venir parle en aparté à son auditoire, il cède son histoire aux lecteurs confidence par confidence selon la logique d’un fugitif, d’un déserteur, d’un homme épris de liberté qui cherche à s’éloigner le plus possible d’un sordide  enrôlement qu’il nomme l’épreuve de la frontière. Ce narrateur en transit, cloîtré dans une chambre, attend anxieusement l’ombre des choses à venir. L’issue de l’attente est incertaine. Elle peut déboucher au meilleur comme elle peut virer au pire.

Le pire, c’est la possible irruption de l’agent, figure d’un système répressif, qui accusera le narrateur de désertion en temps de paix et le conduira dans un « centre de rééducation » où il connaîtra le conditionnement, les tortures et autres bêtises des dictatures ubuesques comme on en voit sous nos cieux en panne de démocratie. Le meilleur, c’est le retour espéré de la comparse, de  l’hôtesse chargée de l’amener vers la forêt auprès des  hommes- crocodiles, symboles de l’humain libéré de tout asservissement.

Dans l’une comme dans l’autre situation, kossi  Efoui montre qu’il s’agit d’une sorte de passage d’un univers à un autre, d’un exercice de réadaptation en face d’une nouvelle réalité cruelle ou paisible. On en sort meurtri comme l’évoque le narrateur à travers les souvenirs de son père, revenu des Plantations (Plantations  renvoie vraisemblablement à un lieu d’asservissement et d’esclavage) « zombifié » et incapable de parole ou encore à travers les souvenirs de son frère adoptif Ikko, revenu presque fou de l’épreuve de la frontière (fait allusion aux zones de guerre et d’affrontements sanglants). On en sort grandi comme le suggère le narrateur à travers l’admiration qu’il voue à son « mentor »   le bouquiniste Axis Kemal dont Le quai des livres anciens – qui rappelle « les librairies par terre » comme on les appelle ici à Lomé – lui a servi de breuvage intellectuel.

1612-Kossi-Efoui-AL’ombre des choses à venir est donc une mise en scène des souvenirs, un spectacle dans lequel un jeune narrateur joue ses vingt et un ans de vie dans un monologue saturé de flash-back : style propre à Efoui dont les récits se déploient toujours avec des détours. On ne lit pas Efoui, on le suit dans  sa narration suave par sa philosophie et captivante par sa complexité. On le suit dans ses envolées phrastiques  de conteur, dans  sa douce poésie de jongleur, dans son humour croustillant et dans son écriture sans cesse ballotée par  des choix cruciaux. Des choix qui obligent à revisiter, souvent douloureusement, le passé, à soupeser les souvenirs, à scruter les pans de tout le monde antérieur et intérieur, à refuser les oripeaux du présent pour trouver la lucidité suffisante et la volonté nécessaire d’oser, d’avancer, de marcher dans ce monde où  marcher n’est pas faire un pas après l’autre, mais un bond après l’autre, p. 153

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