Le Piège à conviction de Jeannette Ahonsou

ImageEditions Awoudy,  Lomé, Togo

Nombre de page : 208

ISBN : 979 10 91011 21 1

Date de parution : Novembre 2013

 

Après Le Trophée de cristal (2005) et Une longue histoire (2004), Jeannette Ahonsou, écrivaine togolaise, Prix France-Togo 1995, nous offre ici son troisième roman : Le Piège à conviction.

Bab Sèm, un riche aux ambitions douteuses,  séquestre, dans son sous-sol, un jeune notaire, obligeant, du même coup, la compagne de la victime à devenir détective privée pour des besoins de la cause sentimentale.

Donc  d’entrée de jeu, Jeannette Ahonsou invite son lecteur à suivre les périples de cette enquêteuse mue par son idéal d’amour. A ce stade déjà, on s’autorise la question suivante : jusqu’où sommes-nous prêts à aller chercher ceux/ce qu’on aime ? Dans nos sociétés où beaucoup d’hommes investissent tout – énergies, ruses et argent – dans la conquête de la chair féminine, l’ambition de Judith, amante du notaire séquestré, est d’une lucidité et d’un contre-courant agréables : retrouver son homme au prix de sa fortune, voire de sa vie.  C’est d’ailleurs cette ambition de Judith opposée aux intrigues du ravisseur qui crée dans l’œuvre une sorte de bipolarisation du schéma des personnages.

D’un côté les bandits persécuteurs, symboles d’une humanité corrompue, déchirée, intranquille et encline vers le plus bas niveau de ce que Baudelaire appelle  les postulations simultanées ; symboles également d’une humanité qui vénère l’argent et soumet tout à cette vénération. Bab Sèm, le ravisseur, est de ceux-là.

De l’autre côté, les vertueux persécutés, symboles de gens bien, d’une humanité dédiée, soit à un idéal de justice, soit à un idéal d’amour. Judith est de ceux-là, tout comme Florent, le notaire séquestré et accusé par son bourreau d’être l’amant de sa femme.

Le Piège à conviction est un récit dans lequel on entre doucement, presqu’affectueusement, avec le suspense que cette romancière togolaise sait imprimer généralement à ses romans. Et son écriture, très classique, brille par ses phrases châtiées et ses images assez bien construites : Ses yeux quittèrent ses mains menottées pour se poser sur ses jambes enchaînées. p. 29. Par endroits, cependant, la romancière surprend avec une écriture plutôt cocasse : Florent et lui avaient ensemble usé leurs fonds de culotte sur les bancs de l’école, p. 106. Mais la véritable surprise – celle-là  désagréable – de ce roman réside dans le traitement de la dernière partie de l’intrigue.

En effet, à partir du chapitre 26, la tournure des évènements est assez tordue et invraisemblable, cela est dû au souci du happy end qu’on constatera à la fin. Le récit en pâtit, affaibli par l’introduction de certains petits prétextes qui peinent à tenir debout. Et la volonté manifeste de l’auteure de faire converger tous ses personnages vers la maison du ravisseur, rend davantage agaçante la chute du récit. L’intrigue devient des plus banales, comme un scénario de ces ridicules feuilletons qui polluent notre paysage audiovisuel.

Cela dit, on lira Le Piège à conviction, soit pour saisir les motivations profondes de Bab Sèm, le ravisseur, soit pour définir l’essence même de l’engagement de Judith, l’enquêteuse. Dans l’une comme dans l’autre situation, on comprendra qu’à travers ces deux personnages, Jeannette Ahonsou dévoile les autres personnages dans un système de cooptation, de complicité, d’adversité, d’inimitié et parfois de compromission. Bref un système qui pointe un travail intéressant sur la psychologie des personnages. Véritable descente dans l’humain qui rappelle au lecteur  le danger des oscillations de notre être, le risque de se transformer, comme Bab Sèm, au dindon de sa propre farce à cause de nos penchants et de nos oublis dont l’excès, comme l’écrit Ben Okri, conduit à nos grandes souffrances.

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