Rythmes et cadences de la poésie togolaise

ImageLa poésie togolaise d’expression française est née en 1958, date de publication de Rythmes et cadences de Paul Akakpo Typamm. Elle  est donc âgée aujourd’hui de 56 ans, mais elle peine à avoir sa mémoire. Son histoire n’est consignée pour l’heure  que dans l’espace restreint et aléatoire des anthologies avec ce que ces dernières comportent comme choix et parti pris dans leur contribution à l’histoire littéraire d’un pays. La poésie, tout comme le roman togolais, a besoin qu’on tâte le pouls, qu’on ausculte les rythmes et les cadences de son histoire marquée déjà par trois possibles catégorisations

 

Image1-    1958 – 1980 : La poésie des précurseurs

Elle est caractérisée par l’exploitation, sous toutes ses formes, de l’héritage de la négritude, mouvement ayant marqué le début de la poésie africaine en général. Si déjà en 1957, certains poètes africains, à l’instar du Congolais Tchicaya U Tam’si, affirmaient leur volonté de rompre avec cette négritude, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’autres ont porté – parfois sans grande réussite – l’héritage de ce mouvement. Ce fut le cas des premiers poètes togolais comme Paul Akakpo Typamm, Yves Emmanuel Dogbé, Amétozion Pépépé, Inawissi ( ?) Théophile…qui ont assumé une certaine « néo-négritude » sans grands échos. Leur poésie était caractérisée par une célébration de la terre natale avec ses hauts et ses bas, en l’occurrence dans Rythmes et cadences de Paul Akakpo Typamm ou dans Les grands jours de Inawissi Théophile. C’était également une poésie caractérisée par une parole vertement déclarative et dite engagée, comme chez Yves Emmanuel Dogbé, auteur de Flamme blême  ou encore de Affres (1966). Il faut attendre 1980 pour voir émerger une nouvelle génération.

 

2-    1980 – 2000 : La poésie des avertis

A partir des années 80, le chant poétique togolais s’est renouvelé avec comme nouvel acquis des poètes avertis, conscients que la poésie est avant tout une aventure de l’écriture. A partir de ce moment va émerger un nouveau chant entonné en 1980 par Gnoussira Analla avec son recueil Morte saison. On observe alors une volonté certaine d’innover avec l’expression de diverses sensibilités portées par un langage poétique plus ou moins libéré des carcans formels des premiers pas. Cet élan poétique rencontrera l’ambiance de renouveau qui a caractérisé toute la société togolaise dans les années 90. Cependant, les bouillonnements socio-politiques de ces années-là ont été plus exploités par les dramaturges que les poètes togolais. Néanmoins, on se souvient, entre autres, de la poésie d’André Kuevidjen avec Un clin d’œil des clins d’œil, 1990 ou celle de Jemima Fiadjoe, Lumières sonores, 1992 et surtout de  la remarquable verve de Toussaint Cossy Guenou avec son célèbre Les maisons les nuages, 1989.

Certains de ces poètes togolais dont l’art s’est révélé au monde depuis la dernière décennie du 20ème siècle, continuent aujourd’hui de tenir le haut de l’actualité, notamment l’auteur de Marche vers toi (1996), Dieudonné Ewomsan qui a signé en 2007  Couleurs de liberté et Jean-Jacques Séwanou Dabla dont l’écriture subtile et fertile, laboure toujours son champ/chant poétique depuis Ciels de vertiges (2001) en passant par L’éternité mythique jusqu’à son dernier recueil, Malmonde sorti le 22 mars passé. Au-delà leur actualité, ces poètes voient aussi naître une nouvelle génération qui s’inscrit à la fois dans la continuité et la rupture.

3-    2000 – 2014 : Une poésie à deux visages

La troisième génération qui est en train de naître se doit d’être regardée avec  une attention particulière, tant elle peut flouer et se prêter à des déductions hâtives par ses manifestations que par  les acteurs qui la définissent.

Dans cette génération en effet, on note des poètes nourris par les mêmes sources que ceux des années 90, mais qui ont signé leurs premières œuvres au début des années 2000. Ceux-ci ont donc les mêmes préoccupations ceux-là. Ce sont des poètes qui, bien qu’ils s’intéressent aux divers problèmes du Togo, travaillent plus à ouvrir leurs pages poétiques au monde entier en mettant en relief, dans leurs œuvres, l’individu, ses rêves, ses fantasmes face au groupe et la gestion des libertés et des biens communs. Thèmes éminemment universels qui, couplés à leurs plumes, donnent naissance à des vers qui disent une poésie intimiste chez Kouméalo Anaté (Souffle court, 2012), une poésie lyrique chez Ayi Hillah, l’auteur de Les lys de septembre, 2008 et Chants et Visions, 2012,  une poésie engagée chez Nicaise Assouan (Paroles insulaires, 2012)…

Ensuite, on observe dans cette jeune génération de poètes togolais, une rupture malheureuse  avec de nombreux scribouillards  qui se jettent dans l’aventure de la poésie sans se soucier de ce qui existe déjà ; la culture ayant déserté leur plume, leurs mots se voient obligés d’inventer à la poésie togolaise sa première roue !

Néanmoins, on peut espérer dans les années à venir une actualité poétique plus agréable avec l’émergence des poètes comme Max Amegee, Anas Atakora et beaucoup d’autres dont le talent se révélera au monde par des œuvres en cours d’édition ou à la recherche d’éditeurs. Avis donc !

On ajoutera ou retirera un ou des nom(s) à telle ou telle autre catégorie, peu importe, on se rendra juste compte que la poésie togolaise se porte bien en quantité et souffre en qualité. En fait, se porte-t-elle réellement bien ?

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