Salades d’Arim Afo-Ogbo

Salades 1Décembre 2013, Arim Afo-Ogbo, professeur d’anglais au lycée, a signé son entrée dans le champ littéraire togolais avec son titre Salades. Un très court roman de 68 pages où l’auteur cède la plume à Lookman, son héros-narrateur. Ce dernier décide de se raconter en dragueur impénitent et étudiant paumé dont l’université est fermée pour cause de troubles. Récit donc d’un jeune étudiant qui met en mots ses expériences personnelles en rapport avec la politique, la religion, l’amour et la sexualité. Le tout dans un style d’une inconvenance agréable:

« Si tu espères aussi me lire dans un français clair, sans faute avec des figures de style, de la grammaire académicienne, de la bonne conjugaison et un vocabulaire de gros mots, alors fiston, tu fais toujours fausse route car je déteste l’esclavage académicien et le français ne ma langue pas», p.25

On est en présence de l’esthétique de l’erreur. Une démarche artistique dérangeante pour les puristes qui croient dur comme fer que le roman est le lieu par excellence de l’exercice d’une certaine exemplarité langagière. D’autres lecteurs néanmoins trouveront intérêt à lire ce texte tant il  bouscule nos étroites convenances. Tel un Louis-Ferdinand Céline, l’auteur de Salades a un style elliptique qui emprunte à l’argot  et tend à s’approcher de l’émotion immédiate du langage parlé.  Et quand le narrateur parle de son  » professionnalisme » au lit, cela donne :

« Première étape : nos bouches ! Contact ! Waouh ! C’est aussi juteux et doux comme l’ananas pour lequel Sams et moi sommes venus aux poings pour avoir le dernier morceau. Deuxième étape : je fais appel à la grande complice de l’amour […] je remonte de son enveloppe ce qu’il fallait remonter puis je baisse ce qu’il convenait de baisser. Je lui rentre d’un coup spontané et conquérant […] J’accélère le rythme […] Entonnez avec moi amis lecteurs « Tu vas, tu vas et tu viens entre mes reins…», p.31

 

SaladesArim Afo-Ogbo se doit de continuer par travailler cette voix. Il y a sûrement là de grandes chansons à entonner. Ce premier récit, trop court, laisse beaucoup de creux ; le narrateur refusant de les exploiter alors que les besoins du genre le (re)commandent. Le récit en vient à confiner son propre éclat, peut-être aussi parce que le narrateur le raconte depuis sa chambre, espace clos où règne une atmosphère noire de vices.  Mais les étincelles sont là pour nous guider. Surtout quand le narrateur parle de son enfance, on songe à l’incipit de l’immense Aventure ambiguë où Semba Diallo ploie sous le poids des sourates à réciter. Et Lookman, le narrateur de Salades, né musulman, n’a pas échappé à cette réalité de l’école coranique :

« A sept ans, j’allais à Tchéou ou Makaranta (école coranique) et Malam Taffa me battait à sang pour que je grave beaucoup de ses charabias dans ma petite cervelle. Alors j’étais furax envers Allah ! Pourquoi avec tous les pouvoirs que Malam disait qu’Il avait il ne pouvait pas tout simplement télécharger tout le Coran dans ma cervelle… », p. 15

La plume d’Afo baigne dans l’humour, mais aussi dans le mélange de genres. Elle allie prose et poésie. On compte dans son texte 15 poèmes qui participent plus ou moins de la narration. Il faut toutefois reconnaître que ses poèmes font plus « sérieux » que la prose. Ce qui casse la bonne désinvolture du texte, à croire que la poésie a toujours du mal à être « insolente ». Soit !

Souhaitons, au demeurant, qu’Arim Afo-Ogbo repousse encore les limites dans la recherche de sa voie. C’est à ce prix qu’il fera grande œuvre. Et comme l’annonce son narrateur : « On va se repincer bientôt avec des choses plus intéressantes et plus marrantes à se dire », p. 67Copie de Salades 1

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4 commentaires sur “Salades d’Arim Afo-Ogbo

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  1. Merci Anas pour ton sens de littérature !!!!! Après lecture de cette œuvre, que j’ai en même temps trouvé ridicule et sublime, je m’autorise de conseiller aux lectures d’être patients et tolérants afin de jouir du double plaisir que suscite le texte de Afo-ogbo : l’écriture et le sexe. Loin de ces indices classiques de littérature, je me tiens plutôt au coté du sens de l’absurdité de la vie que décrit le narrateur pour la simple raison qu’au delà de cette absurdité, Afo-ogbo rend aussi compte de l’absurdité de la Mort. Tout compte fait, les deux n’existent pas pour l’auteur. Ces Salades, si l’on en fait une bonne réception, peuvent disposer de l’ordre dans ce désordre du vécu quotidien hypocritement vécu par la créature la plus vicieuse de Dieu : l’Homme. Pour l’instant, j’apprécie la communication quasi-interactive entre ce narrateur indélicat et le lecteur : c’est là un crédit artistique qui intéresse. Chaque auteur,en écrivant doit y penser. J’attends……….

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