Dany Laferrière : Réflexions pour ceux qui viennent…

La terre tourne, et les hommes avec. C’est connu. Un jour,  on finit toujours par se retrouver dans un espace aux codes complètement étrangers à ce qu’on a pratiqué jusque-là. Et on commence un nouvel apprentissage dans la brûlure des erreurs. Je pense qu’on évite certaines de ces erreurs en se fiant à la littérature. Le propos littéraire est toujours destiné à ceux qui viennent….

JLI16633580.1489136973.580x580Pour ceux qui viennent au Canada, une lecture de Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo serait salvatrice. C’est l’un des derniers titres en date (2015) dans l’immense bibliographie de Dany Laferrière. L’écrivain s’adresse, dans ce roman, à un jeune camerounais qui vient de déposer ses valises et ses rêves dans la ville de Montréal. Le jeune, du nom de Mongo – clin d’œil intertextuel au célèbre écrivain camerounais Mongo Béti (1932 – 2001), reçoit en guise d’amitié avec l’écrivain les quarante années d’expériences de vie montréalaise de ce dernier. Une fiction instructive, initiatique même. Si la narration de ce texte est centrée particulièrement sur la société québécoise, on ne manquera pas de trouver quelques codes culturels applicables à tout le Canada, à toute l’Amérique du nord d’ailleurs. Écouter l’écrivain parler au jeune Mongo : « Dans le Nord, les gens sont habitués à un vaste territoire. À trois mètres de distance, vous piétinez l’espace du voisin. À un mètre, c’est une agression. Et à cinquante centimètres, on crie au viol. », (p. 165).

Stéréotype ou pas, un tel propos vous arme de prudence et vous éclaire dans votre approche de la géographie humaine et physique. Pour ma part, je reproche à Laferrière d’avoir écrit ce roman presque deux ans après mon arrivée au Canada puisque c’est à rebours que je lis ses expériences et ses conseils ; lesquels ne peuvent avoir aucun effet, même rétroactif, sur mes premiers pas en terre américaine. Heureusement que les textes antérieurs de l’auteur sont également riches d’enseignements pour ceux qui sont attirés  par l’Amérique du nord. Ces textes ont constitué et constituent toujours, pour moi, une source adéquate d’apprentissage de ce nouvel espace qui m’accueillit un automne tout coloré. Ces textes constituent aussi, pour moi, une source de rires aux éclats quand on connait l’humour, l’ironie et la distanciation que Laferrière imprime à ses œuvres.

9782246858768-001-X_0C’est avec plaisir donc que je découvre l’ensemble de ces textes sous le titre Mythologies Américaines, une anthologie de 560 pages, publiée chez Grasset (2016), et qui regroupe des fictions devenues plus grandes que l’auteur lui-même. On y trouvera, bien sûr, le Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), un texte bruyant de chaleurs de tous ordres, et à mon goût, trop intempestif par endroits. De loin, je lui préfère Éroshima (1987),

41R4KhKFtUL._SX285_BO1,204,203,200_un texte d’une beauté inénarrable et qui me semble trop vite oublié. Un texte doux, profond qui explore le désir comme la mort, la beauté comme l’amour. Le tout dans l’ambiance d’un homme qui apprend sur le tas les codes de son nouvel espace : c’est une véritable saga d’un immigré, je dirai plutôt d’un survenant. Un mot qui désigne l’étranger. Un mot que j’ai appris par la littérature, grâce au premier roman que j’ai lu en arrivant ici : Le Survenant (1945) de Germaine Guèvremont.9782762131284-v1

Si la terre continue de tourner, alors nous sommes tous des survenants. Dans le temps. Dans l’espace. Nous survenons. Seuls les artistes nous accompagnent dans cette survenance. Alors pour ceux qui viennent en Amérique de façon générale et au Canada en particulier, lire Dany Laferrière serait une manière de bien survenir !

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